LA CONDITION DES FEMMES EN AFGHANISTAN
- Mallaury Perrault
- 22 mars
- 6 min de lecture
La condition des femmes en Afghanistan est à ce jour particulièrement opprimée, au sein d’un pays traditionnellement patriarcal, ayant notamment connu de nombreuses années de guerre civile. Cet asservissement est particulièrement prononcé depuis la montée aux pouvoirs des Talibans mené par les fondamentalistes islamistes dans la quasi-totalité du pays depuis l’été 2021. Ces derniers mènent une véritable guerre contre les femmes en réduisant drastiquement l’ensemble de leurs droits. Cette montée au pouvoir est due au retrait des forces de l’OTAN qui avait permis de mettre fin au premier régime Taliban de 1996 à 2001 également très répressif envers les femmes.

Femmes afghanes dans l'attente de recevoir des produits alimentaires
Une exclusion totale des femmes de la vie publique par la réduction systématique de leurs droits
Les femmes afghanes sont alors victimes de privation de leurs droits civils les plus fondamentaux en étant complètement bannies de la vie publique, notamment par la privation du droit à l’éducation, à l’emploi, à la liberté de parole et à la libre circulation. Ces dernières sont même emprisonnées, victimes de disparitions et torturées pour avoir dénoncé ces politiques ou contesté ces persécutions. Toutes ces femmes sont effacées de l’espace publique et réduites au silence par le biais de mise en place de lois, décrets, de règlements talibans telle que la récente codification en 2021 de la longue liste de “règles sur le vice et la vertu” visant à aggraver la stricte interprétation de la charia, la loi islamique. De plus les femmes subissent des interdictions indirectes sans même qu’elles n’aient été concrétisées.
Tout d’abord, cette grande répression s’exprime par la privation d’éducation des jeunes filles afghanes, alors que leur accès à l’éducation était déjà en péril, l’arrivée au pouvoir des Talibans n’a fait qu’aggraver les choses. Ces derniers interdisent désormais aux jeunes filles l’accès à l’enseignement, c’est-à-dire que ces dernières ne sont désormais plus acceptées dans les établissements d’éducation comme le collège, le lycée et l’université. Il est notamment indiqué par un rapport réalisé par l’UNESCO, que 2,5 millions de filles et de jeunes femmes afghanes en âge d’aller à l’école ne sont pas scolarisées.
Dans l’espace public, le code vestimentaire féminin imposé par les Talibans est d’autant plus strict. Les femmes ne peuvent en aucun cas porter des vêtements qui puisse révéler leur corps, ni leurs bras ou leurs jambes. Cette restriction a d’abord été proposée comme une simple recommandation avant d’être totalement imposée. C’est ainsi que le port du hijab est devenu incontestablement obligatoire, il y a aussi la burqa qui n’était qu'une simple recommandation mais devient peu à peu imposée. Les femmes afghanes se retrouvent donc complètement soumises à cette société régie par les hommes, n’ayant aucune liberté quant à leur apparence ce qui réduit d’autant plus leur possibilité de s’exprimer et commence même à s’étendre jusqu’à leur droit à la parole.
De plus, les femmes ont été exclues des emplois publics et ne sont plus autorisées à travailler dans certains domaines, comme le journalisme, la politique ou la fonction publique. Les femmes qui exerçaient ces métiers subissent de fortes sanctions dans le but d’être évincées. Ces nombreuses mesures ont considérablement réduit les possibilités de travailler pour les femmes.
Les femmes sont alors privées de la possibilité de gagner un revenu pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Ces règles strictes fragilisent grandement la situation des femmes afghanes et entraînent même une insécurité alimentaire, particulièrement pour les mères célibataires qui sont extrêmement vulnérables dans ce système patriarcal.
Ces dernières ne peuvent également plus parcourir de longues distances en voiture ou en avion sans la présence d’un accompagnateur masculin, ou même se rendre dans des parcs, jardins, gymnases et bains publics. Les Talibans ont notamment ordonné aux moniteurs d’auto-école de ne plus donner de cours de conduite et de délivrer de permis de conduire aux femmes, ce qui traduit une interdiction presque totale aux femmes de se déplacer librement.
Les femmes afghanes sont considérées comme des citoyennes de seconde zone, étant victimes de discrimination systémique, elles sont en réalité une cible choisie par le gouvernement. Leur accès à la justice est presque inexistant, le crime de viol est couramment impuni et il leur est impossible de demander le divorce. Le ministère de la Condition féminine qui protégeait certains droits des femmes a notamment été dissous dès la prise de pouvoir des Talibans.
Cette répression accroît le nombre de mariages forcés, notamment les mariages d’enfants, et l’accroissement du trafic de fillettes qui viennent jusqu’à être mises en vente pour se faire marier. Cela n’a fait qu’aggraver le déclin économique et humanitaire déjà mis en marche, et a grandement contribué à l’interdiction d’accès à l’école ainsi qu’au travail pour les femmes et les filles. Cela les exclut de la vie publique et renforce la perception que ces mariages arrangés sont acceptables.
« J'aurais aimé que Dieu n'ait jamais créé les femmes. Si nous devons être si malchanceuses, autant ne pas vivre du tout. » Marwa, une ancienne élève bannie de son université en Afghanistan
Un appel des femmes à la justice
Un rapport des Nations Unies décrit la situation que subissent les femmes et les filles en Afghanistan comme « une persécution sexiste et d’un cadre institutionnalisé d’apartheid sexiste ».
Cette comparaison à l’apartheid se justifie par les nombreuses similitudes de traitement. En effet, l’apartheid était un principe d’organisation sociale fondé notamment sur la séparation spatiale des races et ce que subissent les femmes afghanes s’apparente grandement à ce même principe sur le fondement de la séparation spatiale des sexes.
De nombreuses femmes afghanes refusent de se soumettre à toutes ces restrictions et tentent de se défaire de ce gouvernement. Il y a déjà eu des tentatives de résistance à cette répression par diverses manifestations pacifiques. Mais elles ont été violemment réfrénées par les Talibans qui les ont harcelées et brutalisées en retour. Ils les privent ainsi de leurs droits à la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique et de participation à la vie publique.
Les femmes et les filles afghanes sont alors prisonnières d’une politique de persécution fondée sur le genre qui vise à anéantir la capacité d’action des femmes et des filles dans presque tous les domaines de leur vie et les garder incessamment sous le contrôle des hommes.
La gravité de ce crime requiert une réponse internationale beaucoup plus vigoureuse et étendue que celle qui a déjà été apportée jusqu’à présent, notamment par l’OTAN. La seule issue possible réside dans l’abolition de ce système d’oppression et de persécution sexiste. Les restrictions toujours plus sévères et la répression violente des tentatives de manifestations pacifiques révèlent un système structuré et implacable.
La mobilisation française pour rétablir l'égalité des droits
Le porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a fait une déclaration au nom de la France dans laquelle il condamne l’interdiction faite par les Talibans aux femmes afghanes d’accéder aux établissements d’enseignement médical ainsi que les autres nombreuses violations des droits de l’Homme imposés aux femmes et aux filles afghanes.
Il est donc nécessaire d’effectuer un arrêt total et immédiat de ces violations, comme il a été clairement exigé par la résolution 2593 du Conseil de sécurité des Nations unies de 2021 qui vise à répondre aux immenses besoins humanitaires de la population afghane. Cette résolution annonce 100 millions d’euros lors de la conférence de Genève ainsi qu’une mobilisation constante sur le front humanitaire. Le Conseil a donc la responsabilité de s’assurer que l’aide humanitaire sera acheminée à l’ensemble des personnes dans le besoin, dans le respect des principes humanitaires, sans aucune forme de récupération par les Talibans. Il doit également veiller à ce que les Talibans assurent la sécurité et respectent leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l'Homme, principalement en ce qui concerne les femmes et les filles.
La France exhorte donc les Talibans à revenir sans délai sur toutes les restrictions imposées aux femmes et aux filles et se livre à des projets humanitaires concrets menés par les agences et programmes des Nations unies et des ONG présentes sur le terrain, dans les domaines de l’éducation, de la santé et en faveur des femmes et des filles afghanes. La France restera engagée.
Mallaury Perrault
Image © - Ebrahim Noroozi / AP
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